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En inscrivant « Recorded By Steve Albini » sur chaque disque où il a officié en tant qu’ingénieur du son, Steve Albini se place dans une logique artistique plutôt louable en se contentant d’enregistrer les groupes qui viennent le voir et en leur laissant carte blanche pour leurs compositions. L’exact contraire du producteur influent qui s’implique dans la réalisation du disque, dont l’exemple le plus probant serait Nigel Godrich. Pourtant si l’on se replonge dans la discographie de Steve Albini, notamment celle de son premier groupe punk Big Black, difficile de ne pas y voir un rapprochement avec son travail sur la production de certains groupes comme The Jesus Lizard.


Bien sûr, à l’époque ces groupes faisaient tous partie de la même scène hardcore et s’influençaient entre eux, mais avec la récente réédition des albums de The Jesus Lizard j’ai été frappé par la ressemblance et la cohérence que l’on pouvait entendre sur le premier EP de Big Black « Lungs » et « Pure ». Même si Steve Albini a plus ou moins renié son premier effort, car trop imparfait dans sa production, je trouve pour ma part cet étrange disque de post-plein-de-choses légèrement industriel comme l’un des meilleurs disques de punk, notamment grâce à son esthétique dérangeante et DIY. A l’époque, Albini enregistre ce disque tout seul dans son appartement, en s’équipant d’un quatre-pistes portatifs prêté contre un pack de bières, d’une guitare électrique assez cheap, d’une basse abimé, d’un sale clavier et d’une boîte à rythme Roland TR606 qui restera le batteur de Big Black, dénommé « Roland ». Les six titres de « Lungs » sont enregistrés en une semaine et comportent déjà toute l’agression de l’Albini’s touch : Rythmes martiaux, basse lourde mixée très en avant, guitare aigue très agressive, et une voix étranglée, noyée dans le mix. Dead Billy, mon morceau préféré, tourne sur une sorte de groove tordu où on a l’impression de voir s’écrouler devant nous le tas d’os d’un GI mort au Vietnam. Les textes sont punks, politiques, dérangeant et gorgés d’humour tordu. Pour moi ce premier disque est l’un des plus beau et violent qu’a réalisé Steve Albini, presque un manifeste punk et DIY à lui tout seul …


« Pure », le premier EP de The Jesus Lizard reprend peu ou prou la même formule, à la différence prêt qu’il est enregistré en groupe, avec David Yow, David W. Sims et Duane Denison. En l’absence de batteur, le bassiste David W. Sims avait ramené et programmé une boîte à rythmes, on retrouve donc avec bonheur des cadences martiales particulièrement agressives. Je reste assez soufflé par le mix, où l’on entend encore la patte d’Albini : Basse très en avant, tempo militaire et guitare violente. La voix est encore en retrait, sauf que cette fois-ci c’est David Yow qui chante, pardon hurle. Ce dernier donne l’impression de se débattre face à la musique que joue le reste du groupe, en hurlant, criant, déglutissant, gesticulant, aboyant tout ce qu’il a au fond de ces tripes. Sur scène c’est le croisement d’Iggy Pop avec Lux Interior, et je me mords d’ailleurs les doigts de n’avoir pas vu The Jesus Lizard en mai dernier au festival Villette Sonique. L’étape suivante sera franchie sur le premier LP de The Jesus Lizard, « Head », où Albini semble avoir littéralement bâillonné Yow,  qui continue de beugler et brailler envers et contre tous.

La suite on l’a connaît, Steve Albini a enregistré des groupes de plus en plus connus (Pixies, Nirvana, PJ Harvey, Dionysos, Low, …), ce qui lui permit d’avoir un studio un peu plus gros, équipé de matériaux analogiques qui attirent encore des groupes de plus en plus connus … Un jour, il faudra aussi parler de Bob Weston, qui a aussi produit des groupes du même genre, qui tient la basse pour Shellac, le dernier groupe de Steve Albini, et avec qui il a collaboré pour remasteriser toutes les rééditions des albums de The Jesus Lizard. En attendant, je vous ai mis une vidéo de Dead Billy joué en live, que l’on peut entendre sur “PigPile” dans une version plus musclée que sur “Lungs”, ainsi qu’un live de Bloody Mary de The Jesus Lizard.

Par Mathieu

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Parler du sentiment qui dérange lorsqu’on revient à la maison n’est pas forcément une chose aisée à entendre dans la musique, je me souviens du fameux At Home He’s A Tourist du quatuor post-punk Gang Of Four. Loin des guitares étranglées des anglais, il y a aussi le superbe Back Home qui se trouve sur le deuxième album de Centenaire, groupe français bâti autour de Damien Mingus (My Jazzy Child), Aurélien Potier, Axel Monneau (Orval Carlos Sibelius) et Stéphane Laporte (Domotic).

Centenaire navigue entre acoustique et électricité au gré des morceaux, et si la batterie et la guitare semblent vouloir prendre la tangente vers le rock atmosphérique, elles viennent régulièrement ponctuer ces compositions de quelques silences. L’occasion d’y remarquer une contrebasse profonde et un clavier légèrement flippant. Wheelchair vient ouvrir efficacement “2 (The Enemy)” dans un registre plutôt pop, mais très vite l’ambiance se ralentit avec le superbe Bottle Of Sound. Plus éthéré, ce titre installe tranquillement une ambiance douce-amère où on sent que l’on pourrait s’y installer confortablement si toutefois les quelques notes de guitares et de synthés ne véhiculaient pas un étrange sentiment de sourde menace. Et puis il y a cette voix monotone et détachée, qui évoque légèrement Hood et accompagne l’auditeur dans cette étrange voyage. Une voix où l’on se demande encore si elle cherche à être amicale ou intimidante …

Après ces deux bons titres, Centenaire monte la tension d’un cran, avec les rythmes martiaux de Farmers Underground ainsi que les guitares abrasives de Testosterone. On y  entend toujours comme un mauvais présage dans l’atmosphère que Centenaire agence doucement avant d’envoyer la purée avec une envolée de distorsions plutôt tordues. Et puis il y a Back Home, superbe et lente conclusion qui s’étire progressivement, trimballant dans un premier temps un sentiment d’inconfort avant de se terminer sur une légère note d’espoir, cette considération restant de courte durée tant le titre s’achève de façon un peu brutale. On reste donc là, seul, tandis que le bras du tourne-disque continue d’avancer dans le lock-groove, autour de nous il ne reste qu’un étrange silence …

Avec ces sept titres Centenaire réalise un superbe deuxième album, un truc de toute beauté. Assurément le meilleur disque français de cette année, dont je vous propose de voir le making-of de “2 (The Enemy)”.


Par Mathieu

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« La route vers la vérité est longue et semée d’embûches », c’est avec ces mots que JC Menu parlait de ses premiers émois musicaux, pas forcément recommandables, dans sa superbe BD autobiographique et rock, « Lock Groove Comix » sortie chez l’Association. On a tous commencé par écouter quelques groupes honteux, et pour ma part, adolescent, j’ai posé mes oreilles sur du hard-rock, et en particulier celui d’Anthrax, mené par le guitariste chauve, Scott Ian.

Ce groupe fut l’une des bonnes raisons qui convainquit mes parents de me faire écouter autre chose, et je ne leur dirais jamais assez merci de m’avoir fait découvrir l’émission de Lenoir qui me permit de sortir de ces groupes de chevelus pour me plonger dans les plus grands fleurons du rock indépendant. Bien des années après, j’ai reposé une oreille sur « Attack Of The Killer B’s », une compilation d’Anthrax que je passais beaucoup au collège, et le verdict est difficile, il n’y aucun titre d’intéressant à sauver de ce disque à part peut être la reprise de Bring The Noise. A la base ce morceau est l’une des bombes hip-hop de Public Enemy que l’on peut entendre sur le chef d’œuvre « It Takes A Nation Of A Millions To Hold Us Back », mais Terminator X et Flavor Flav ont décidé de collaborer avec Anthrax pour en faire une version plus électrique, qui connut un certain succès au début des années 90.

Même si je garde une préférence pour la version originale, cette reprise mélange allégrement grosse guitare et flow précis, qui officialisa en 1991 la naissance du rap-metal, fleuron de la musique parfaitement raccords avec la frustration adolescente masculine qui prend pour excuse à un headbang n’importe quel morceau écrit avec des power-chords. Une espèce de bourrinade qui tâche, où breaks qui tuent et gros riffs avancent tel une horde d’éléphants lâchés dans un magasin de porcelaine. Toujours est-il qu’en 2009, je trouve encore ce morceau parfaitement écoutable, une sorte de défouloir sympathique. La suite on la connaît, Rage Against The Machine et ces abrutis de Limp Bizkit

Mine de rien ce morceau me permettait de découvrir aussi Public Enemy, un grand groupe de hip-hop, me remettant vers les chemins de la vérité. Alors je vous propose maintenant de réécouter le Bring The Noise original qui groove quand même bien.

Par Mathieu

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Lou Barlow

Mes parents n’avaient pas une grande collection de disques, mais à l’époque de mon adolescence bercée par de nombreux groupes de hard-rock ils ont su rapidement m’orienter vers l’émission de Bernard Lenoir.  Chaque soir je découvrais alors une poignée de groupes qui forgèrent ma culture musicale, il y eu bien sûr les Pixies, Sonic Youth et aussi Sebadoh. Je m’en souviens encore, pour la sortie de “Bakesale” Lenoir avait passé License To Confuse, que j’enregistrais sur une cassette qui tourna longtemps sur mon poste. Depuis je garde une certaine sympathie pour tout ce qu’a réalisé Lou Barlow, malgré les divers hauts et bas de sa carrière. Si l’on fait abstraction des nombreux disques que Lou Barlow a enregistré à la maison sous le nom de Sentridoh, contenant des titres capturés à l’arrache mais qui peuvent se révéler touchant si l’on daigne se plonger dedans, “Goodnight Unknown” est son second album solo sorti sur le label Merge Record, faisant suite au folk tranquille d’”Emoh”.

Dans son livre “Our Band Can Be Your Live”, Michael Azerad m’a éclairé sur l’affreux manque d’estime de soi dont souffrait Lou Barlow au démarrage de Dinosaur Jr. Une confiance qui semble avoir remonté grâce au contact de certains musiciens comme Jason Loewenstein ou encore John Davis. En solo, Lou Barlow a trouvé avec Imaan Wasif un certain soutien lui permettant de réaliser de très beaux titres en acoustique. On retrouve le jeu de guitare de Barlow, basé sur une rythmique syncopée reconnaissable immédiatement, Wasif apportant lui un supplément de mélodie plutôt captivant sur les superbes Too Much Freedom, The One I Call, ou encore Take Advantage. Voilà de très jolies compositions folk, gorgées de petit détails mélodiques permettant à Lou Barlow de poser une très belle voix touchante, toujours à fleur de peau.

La présence de Dale Crover et Murph, batteurs des Melvins et Dinosaur Jr, nous rappelle que Lou Barlow souhaite encore faire du rock 90’s, pour preuve l’efficace Sharing placé en ouverture, qui rappelle effectivement les compositions de Sebadoh, sans toutefois retrouver de cette puissance abrasive que l’on pouvait entendre sur “Bubble & Scrape” ou “Bakesale”. Un peu plus balourd Goodnight Unknown ne réussit pas à autant éblouir dans cette veine électrique, tandis que The Right tente un retour vers The Folk Implosion, et retrouve une part du groove de l’excellent Free To Go issu de “One Part Lullaby” qui battait Beck à son propre jeu. Et c’est finalement dans un registre acoustique, s’assumant comme un songwriter plus classique, que Lou Barlow emporte tous les suffrages. I’m Thinking est tout simplement l’un des plus beau morceau écrit par Barlow (visiblement il a joué de tous les instruments dessus), simple, fragile, ce titre folk est assez personnel, presque bouleversant et indéniablement le petit chef d’œuvre de “Goodnight Unknown”.

Lou Barlow réalise en marge de Dinosaur Jr un très bon disque un peu folk, un peu rock 90’s, toujours émouvant malgré quelques lourdeurs sur 2 ou 3 titres. Il ne reste plus qu’à espérer un passage en live du côté de Paris, ce qui n’est pas forcément gagné d’avance … En attendant je vous ai mis la vidéo de Too Much Freedom, où Lisa Germano vient poser sa voix. Sublime !

Par Mathieu

A lire également, la chronique de Benjamin sur Playlist Society

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Je vous voir venir à propos des Bowerbirds, à quoi bon allez voir ce groupe qui risque de vite être oublié, et bien c’est précisément pour cette raison que je suis allé à leur concert, car après ça sera trop tard pour moi. Je pense que c’est le cas typique du groupe lancé rapidement, un peu étoile filante, avec deux premiers albums assez sympathiques et très proches en terme d’écriture musicale, un groupe que je risque d’oublier quand ils en sortiront un troisième. Bref, un peu kleenex, ni trop mauvais pour être jeter à la poubelle, pas totalement inoubliable pour être porté aux nues, un groupe de pop-folk qui s’écoute tranquillement quand on est fatigué, abattu et qu’on a besoin d’un peu de confort avant de se remettre à chercher des musiques plus complexes. Une certaine esthétique du milieu qui risque de disparaître avec la décennie qui se termine, un peu comme certains groupes des 90’s qui imitaient les guitares lourdes de Nirvana, sauf qu’elle ont été remplacée aujourd’hui par des cordes pincées et de l’accordéon.

Pour toutes ces raisons, je suis me suis rendu au Point Ephémère lundi dernier où était programmé aussi Tom Brosseau et Damien Jurado. En entrant dans la salle après que le serveur m’ait offert une bière, parce que j’ai eu la politesse de laisser passer quelqu’un devant moi pour le service, j’ai un peu du mal à trouver une place, visiblement il y a beaucoup de monde. Rapidement Tom Brosseau arrive sur scène, tout seul avec une guitare folk, et gratouille quelques accords tout en chantant avec un léger accent sudiste. Lorsqu’une chanteuse vient le rejoindre, et que Tom Brosseau reproduit un familier « boom-chicka-boom » à la guitare, je me dis que ces deux-là ont dû beaucoup écouter June Carter et Johnny Cash, sauf que le chanteur n’a ni la voix grave ni la présence de ce dernier. Si on ajoute à cela une tenue qui évoque celle de Dylan sur la couverture « The Time They Are A-Changin’ », on se dit que cela fait beaucoup de références trop évidentes. A moins que cela ne soit pas calculé, et que je sois trop tatillon sur les détails … Toujours est-il que le set, minimaliste, folk et boisé s’écoute plutôt tranquillement, sans trop se forcer les méninges, et le duo est assez touchant en finissant son dernier morceau dans la fausse, au milieu du public, sans aucune amplification. Grosse sensation auprès des photographes en herbes qui n’ont qu’un téléphone portable (kill ‘em all !!).

Puis Damien Jurado arrive, lui aussi seul avec sa guitare folk. Assis sur scène et plutôt chaleureux avec le public, le songwriter exécute finement certains de ces plus beaux titres. A voir sa technique de picking, je me dis que je n’ai pas pris assez de cours de guitare … Plutôt habité par ces chansons, Damien Jurado démarre son set avec une certaine intensité, qu’il ne maintiendra malheureusement pas jusqu’au bout de son concert. Dommage, car si j’aime beaucoup lorsque il exécute des compositions à fleur de peau, j’accroche un peu moins quand il retombe dans une certaine facilité en se bloquant sur quatre accords qui font rapidement penser à du sous-Neil Young.

Le temps de me rappeler que j’ai un EP en vinyle de Damien Jurado – avec un lock groove et une face gravée avec les paroles des titres, un luxe !!! – et les Bowerbirds sont déjà sur scène. A l’aise face au public et plutôt extraverti, Phil Moore martèlent quelques accords sur sa guitare classique et chante plutôt bien, tandis que Beth Tacular l’accompagne avec son fidèle et discret accordéon qui fait lorgner de temps en temps le set vers une certaine mélancolie, mais aussi un clavier venant ainsi rompre le caractère boisé de ce groupe. Enfin l’apport d’un batteur rend la structure de leur composition un peu plus dynamique, et les morceaux du groupe se trouvent exécutés de façon plutôt efficace en live. Jonglant entre folk et pop, In Our Talons, Teeth, ou encore House Of Diamonds s’enchaînent plutôt bien et tombent presque à point pour ce lundi soir où l’on est déjà fatigué par le weekend et la semaine à venir. Vers la fin du concert, je sens quand même comme une limite dans ses compositions qui risquent vite de tourner en rond. Une question me trotte alors dans la tête : comment vont évoluer les Bowerbirds ? Vont-ils continuer dans cette formule, au risque de s’enfermer rapidement dans un petit confort qui nous fera vite oublié le groupe pour passer à autre chose. Où bien vont-ils changer quelque chose, se mettre à l’électrique, voire l’électronique, quitte à perdre totalement leur âme dans ce virage … Mais c’est au milieu de mes pensées, en plein sur le Quai Valmy que je vois un taxi, il est temps de rentrer me coucher, et de toute façon, pour un groupe Kleenex que je ne reverrais peut être pas, j’étais bien content de les voir sur scène. Un bon moment quand même, et une drôle de sensation éphémère …

Par Mathieu

Pour aller plus loin :


Matthew 25 :21, un morceau présent sur le dernier album des Mountain Goat semble avoir été écrit pour moi. En tout cas cette chanson me parle, John Darnielle y raconte une histoire qui semble très triste, tout en jouant quelques accords sur une guitare acoustique. Plus ça avance, plus la tension semble monter d’un cran malgré le dépouillement de la composition. Ce titre est magnifique, et prouve que l’ultraproductivité de ce songwriter, formé grâce à cet art difficile de l’enregistrement lo-fi, a permis de réaliser de très beaux morceaux que l’on retrouve sur “The Life Of The World To Come”, qui vient juste de sortir chez 4AD.

1 Samuel 15 :23
, Philippians 3 :20-21, les titres de “The Life Of The World To Come” suggèrent tous des versets de la Bible, visiblement Darnielle était plutôt inspiré par le thème de la religion pour ce disque. Pour autant, l’ensemble du disque n’est ni ennuyeux ni pompeux ; au contraire ces mélodies simples s’écoutent assez facilement, et ont un pouvoir attracteur plutôt efficace. Outre Darnielle tout seul avec une guitare folk, on le retrouve en formule power-trio, avec un bassiste et un batteur en renfort. Mais cette formation réussi à garder un certain sens de l’épure, laissant au cœur de chaque morceau l’essence même de l’écriture de Darnielle.

On y entend donc quelques beaux moments de power-pop (power-folk ?!!), comme le nerveux Psalms 40 :2 ou encore l’excellent single Genesis 3 :23 qui se trouve même augmenté d’un orgue plutôt entêtant. Ce qui n’empêche pas Darnielle de s’assoir, seul derrière un piano, et de nous servir quelques titres plutôt introspectifs et visiblement assez tristes, comme le magnifique Ezekiel 7 And The Permanent Efficacy Of Grace. Voilà un beau morceau qui vient conclure “The Life Of The World To Come” alors que généralement je suis assez insensible aux longues balades en piano.

Ce dix-septième album des Mountain Goats est donc une belle réussite, un très bon disque qui déboule alors que l’on ne s’y attendait pas. Et au vue de la productivité musicale de John Darnielle, il y a fort à parier que le prochain est déjà en route …

Par Mathieu

PS : Je vous ai mis une vidéo de Sax Rohmer #1, sortie sur “Heretic Pride”, et qui est assez proche de l’esprit de certains morceaux de “The Life Of The World To Come”, et en plus le clip est vraiment bon.

Pour aller plus loin :


Un jour, on aimerait bien aller dans la bulle transparente que Wayne Coyne utilise pour se déplacer sur le public, lors des concerts des Flaming Lips. Alors que l’on se préparait à écouter leur dernier album, “Embryonic”, armé d’un fusil de confettis, on commence à sentir dès les premières notes de Convinced Of The Hex que derrière cette image fun le groupe n’a pas toujours été aussi über-cool. Mené par un Wayne Coyne mi-icône rock branché mi-gourou barbu ; Punk  psychédélique à leur début, expérimental sur “Zaireeka”, les Flaming Lips joue une pop radieuse qui cache une certaine forme de névroses depuis “The Soft Bulletin”. Après leur film “Christmas On Mars” et le rock post-moderne de “At War With the Mystics”, ils reviennent avec un double album assez copieux.

“Embryonic” ne se laisse pas aussi facilement apprivoiser que “At War With The Mystics”, il est beaucoup moins fou-fou et immédiat que le rock déphasé de leur tube Yeah Yeah Yeah Song. Des bidouillages guitaristiques et le chant paranoïaque de Wayne Coyne viennent ouvrir ce disque qui navigue calmement sur de longues plages psychédéliques, où l’on sent que la production de Dave Fridmann a permis au groupe de se resserrer dans un format plus live, évitant ainsi au Flaming Lips de se perdre dans des effets psychotropes parfois inutiles. On y entend du rock très seventies : la section rythmique est puissante, les riffs de basse sont heavy (comme sur See The Leaves), les guitares assez torturées, et de temps en temps quelques claviers ambiants viennent calmer le jeu, comme sur le superbe Evi. Toute cette exigence fait plaisir à entendre, et permet au groupe de dépasser “At War With The Mystics”, sur lequel on sentait venir quelques limites à force de trop de citations.

Tout au long de “Embryonic”, Wayne Coyne chante de longues mélopées existentielles et métaphysiques, tel un Syd Barrett qui aurait arrêté les acides et serait sorti de sa bulle tout en restant un peu malade dans sa tête. Ce disque permet donc à Coyne de nous livrer ses textes les plus sombres, l’impact est d’autant plus fort qu’ils sont moins cachés sous de nombreux effets psychédéliques. Mais si les textes et la production sont à tomber par terre, le disque souffre parfois d’une certaine longueur, en général j’ai tendance à décrocher sur le deuxième tiers des doubles albums, et “Embryonic” n’échappe pas à cette habitude. Sur la deuxième partie, après avoir entendu plusieurs fois les introductions hallucinées du groupe, on se dit que le disque aurait pu y gagner sans y perdre de sa force si quelques titres avaient été supprimés.

Malgré cette longueur, le dernier Flaming Lips demeure un grand disque de pop psychotique et malade, l’occasion d’y entendre Karen O faire les chœurs sur Gemini Syringes ainsi que I Can Be A Frog et aussi MGMT accompagner la lourde basse fuzz du génial Worm Mountain. Le grand truc un peu étrange, schizophrénique et bipolaire que j’attendais pour cette fin d’année. Et comme ce disque me rappelle parfois “The Soft Bulletin”, je vous propose un live plutôt réussi de Waiting For A Superman.

Par Mathieu

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Au début je me sentais comme compressé, entre le nombre incalculable de disques que je devais chroniquer, et le temps que réclame le dernier album de Sunn O))), “Monolith And Dimensions”. Car ce disque n’est pas un de ceux qui s’aborde avec facilité, où l’absence de mélodie pop  fait perdre tout sentiment de confort et de luxe acquis, parfois bien utile pour se faire une opinion. Pour ce “Monolith And Dimensions” j’ai donc pris le temps d’abandonner quelques repères afin de rentrer dedans, cette musique répétitive et ambiante s’apprécie plus par l’expérience de son écoute que par la commodité de sa composition.

A la manière de certains exégètes de la musique expérimentale, Greg Anderson et Stephen O’Malley de Sunn O))) joue du drone. A savoir des notes répétitives, des micro-tonalités, dont les enchainements se révèlent hypnotiques et ambiants. Si on écoute sans trop y faire attention, on a l’impression d’entendre la même note pendant vingt minutes, ce qui déclenche naturellement un état d’obnubilation dans notre cerveau, et si on s’attarde sur les détails, on y entend tout un tas de petites variations qui sonnent comme des incantations envoutantes. Pharoah Sanders avait introduit ces éléments là dans le jazz avec son saxophone, Terry Riley faisait du drone avec un synthétiseur Yamaha, Sunn O))) poursuit ces expériences avec des guitares électriques noisy jouées sur un mur d’amplis.

Dès l’inaugural Aghartha (en référence à Miles Davis), on sent physiquement s’abattre sur nos oreilles cette grosse chape de plomb noisy, où des guitares gavées de feedback commencent à nous étouffer par leur noirceur. Mais le minimalisme répétitif et abrasif de Sunn O))) laisse progressivement place à quelques cordes de violon inquiétantes, des grincements qui font peur, la voix d’Attila Csihar semblant vouloir invoquer on ne sait quelle force obscure, pour finir sur des clapotis ambiants. Cette musique donne l’impression d’avoir été lavé, comme “nettoyé de l’intérieur“. Voilà dix-sept minutes de pure beauté en terme de musique incantatoire. Big Church et Hunting & Gathering prolonge l’expérience dans un format plus compressé – 10 minutes par morceau quand même !! … – mais c’est avec Alice que Sunn O))) se révèlent d’excellents monteurs en son. Ce titre instrumental de seize minutes, composé en hommage à Alice Coltrane, progresse lentement du drone-metal vers une sorte de musique plus classique, laissant la place à des arrangements à corde, et quelques trompettes, naviguant entre BO Lynchienne et free-jazz. L’effet est saisissant et nous laisse de marbre devant tant de beauté sombre.

Voilà donc un disque qui se mérite un peu, où on doit prévoir du temps pour rentrer dans ces longues pièces musicales, mais qui se révèle fascinant de bout en bout, au fur et à mesure des nouvelles écoutes. Clairement le disque à ne pas écouter comme le dernier M.Ward , que j’ai beaucoup aimé aussi ceci dit…

Par Mathieu

Chronique publié de façon légèrement différente sur Indiepoprock.net

En 2006, c’était la grosse fatigue. Je dormais peu, étant réveillé toutes les trois heures par ma fille qui réclamait un biberon à sa maman. Je travaillais aussi en lointaine banlieue, dans un environnement vraiment pas encourageant, avec des gens qui me criaient dessus régulièrement. Non ce n’était pas France Télécom … C’était aussi l’année où j’ai arrêté d’écrire sur mon blog et pour des webzines de BD afin de rejoindre le staff d’Indiepoprock.net.

Pourtant cette année-là, je garde finalement assez peu de disques. Il y a tout d’abord l’album “Tiny Cities” de Sun Kil Moon, où Mark Kozelek reprend des morceaux de Modest Mouse. Même si le résultat ne retrouve pas la force mélancolique des premiers Red House Painters où celle de son dernier album “April”, je garde une tendresse particulière pour “Tiny Cities” qui a été plusieurs fois le compagnon de certains soirs, où je me suis senti si fatigué que je n’avais trouvé rien trouver de mieux à faire que de rester avachi sur mon canapé à écouter ce disque.

Mark Linkous, de retour avec Sparklehorse pour l’album “Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain” me procurait grosso modo la même sensation. Ces deux groupes partagent d’ailleurs beaucoup de points communs : deux leaders légèrement dépressifs qui réalisent un mélange entre folk et rock, dont le mode mineur s’inscrit parfaitement dans la prolongation de cette vieille carne de Neil Young.

Heureusement pour reprendre du poil de la bête, je me passais en boucle la triplette “At War With The Mystics” des Flaming Lips, le dernier album de Broken Social Scene, et “Return to Cookie Mountain” de TV On The Radio.

Pour le Flaming Lips, le disque en entier est fabuleux, j’adore la construction de The Sound Of Failure, ou encore le groove de Mr Ambulance Driver, et j’aime particulièrement Yeah Yeah Yeah Song, superbe ouverture d’album dont voici un live potable :

Pour Broken Social Scene, cet album choral est superbe, et je garde une affection pour le groove de 7/4 Shoreline.

Enfin, le deuxième album de TV On The Radio, bien qu’un peu plus ardu que les autres, contient quelques morceaux plutôt efficaces comme Wolf Like Me qui est assurément le plus rock de tous. Un titre qui arrivait bien à me réveiller tôt le matin …

Voilà c’est tout pour aujourd’hui, en route maintenant pour 2007 …

Par Mathieu


Je me souviens, j’étais en première, j’écoutais Therapy, un groupe de bourrins qui avait connu son quart d’heure de gloire avec une reprise de Joy Division, Isolation. J’écoutais aussi religieusement Bernard Lenoir, et un soir ce dernier avait mis la version de Ian Curtis. Je me rappelle encore du vent glacial qui venait de s’introduire dans ma chambre, alors que je préparais mon bac de français. Quelques temps après, je me jetais sur “Closer”, cet album terrifiant qui accompagna nombreuses de mes idées noires. Plus tard, lorsque j’eus fini de pleurer toutes les larmes de mon corps, je découvris que j’avais aussi des jambes grâce à New Order et leur mythique Blue Monday.

Depuis j’ai toujours gardé une tendresse pour les mélodies de New Order qui savent manier l’art de l’équilibre entre l’inspiration pop électro gentillette de Bernard Sumner et les riffs rocks absoluement mythiques de Peter Hook, qui a viré en une sorte de Keith Richard New Wave. Depuis leur séparation, Hook tourne en rond dans de multiple side-projects et Bernard Sumner a su prouver le premier qu’il avait tourné la page avec un nouveau groupe, Bad Lieutenant, et un premier disque, “Never Cry Another Tear”.

A ce stade, il convient de parler du phénomène de la « frankblackisation », moment difficile où le leader d’un groupe se lance en solo, refait en moins bien ce qu’il faisait avant, et démontre que les autres membres étaient bien plus que des faire-valoir en faisant partis intégrante de l’identité sonore du groupe. Frank Black, Stephen Malkmus, et Mark Gardener sont atteints de ce syndrome, Alec Ounsworth ne devrait pas tarder de l’avoir, seul Lou Barlow tient bon, et Bernard Sumner vient d’attraper la « frankblackisation » avec son Bad Lieutenant.

Car on aura beau dire que Hooky est un idiot (ce qui a l’air vrai), qu’il est un piètre DJ, et que Freebass semble voué au plouf de la procrastination, ces lignes de basse suraigües étaient au cœur de la musique de New Order. On ne peut s’empêcher de noter leur absence sur l’ensemble du disque, surtout sur le premier morceau Sink Or Swim. Ce dernier est d’ailleurs le meilleur de l’album, une belle pièce pop, très mélodique et mélancolique, qui augurait d’une sympathique galette. Hélas après quelques titres du même acabit, mais en moins bien, on pousse rapidement un bâillement de lassitude, voire de fatigue sur la daube légèrement autothunée et gonflée aux stéroïdes guitaristiques qu’est Summer Days On Holyday. Sur Dynamo c’est carrément les Who et Won’t Get Fooled Again que Sumner repompe, et c’est très triste de le voir ainsi, alors qu’on l’a beaucoup aimé, composer un titre qui sonne comme le générique des Experts

Tout ça pour dire que j’aurais aimé vouloir aimé ce disque, mais hélas l’ennui a été plus fort que mes bonnes intentions pour ce “Never Cry Another Tear”.

Par Mathieu

Lire aussi la chronique de Bad Lieutenant sur Good Karma.

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